Improviser, arranger

         « Toujours un émerveillement : le visage d’un étudiant, construisant intérieurement l’objet sonore qu’il n’a pas encore joué, qu’il se joue déjà silencieusement, tentant d’en tracer les contours, d’imaginer le geste aussi bien que le son, une concentration qui résonne déjà comme je le regarde (quelques instants plus tôt, le même : “je n’ai jamais improvisé, c’est un autre monde…”).

         Tout à coup, le regard change, vise loin, ou à ses pieds, mais vers l’intérieur toujours, comme essayant de se saisir de lui-même, au bord d’une expérience inattendue, et qu’on découvre accessible. Et le silence des autres, dans cette intimité soudaine, attendant respectueusement, ou cherchant peut-être à percevoir déjà ce qui s’invente qui n’a pas encore été joué, tant le travail d’élaboration est palpable : une présence…     (…)      

         Je regarde les visages, enfants ou adultes, qui se concentrent sur ce geste si particulier.

         Comme les mots à la mode semblent lointains et dérisoires : acquisition des savoirs, maîtrise de techniques d’expression spécifiques, compétences, excellence… Pendant 4 heures, il a été question de pensée (”elle a inventé dans sa tête, puis elle a joué”), d’écoute (”comment puis-je m’écouter et écouter les autres en même temps ?”), de choix, de place (”comment être présent à l’autre sans être devant l’autre ?”). S’improviser vivant, dit Charles Pennequin. Bien mieux que les leçons de choses, les listes à la Prévert, les techniques de la consommation culturelle, l’art pour tous mais pas pour vous : la bêtise officielle réduite au silence… »

Dominique PIFARELY  -  Musicien improvisateur, formateur au CFMI

 

 

                 Improvisation création…  répétitions au CFMI

 

                 Concert improvisation, salle carré bleu, Poitiers

 

L’improvisation collective développera chez les enfants l’écoute et la conscience de l’autre, la relation au geste instrumental ou vocal, la satisfaction de jouer ensemble et de créer un moment musical qui leur est propre.

L’improvisation est par nature une recherche de liberté, d’expression personnelle. Mais que faire d’autant de liberté ? Ces libertés permettront aux enfants de tenter des choses, d’en faire une écoute (ou réécoute) critique et de faire leurs propres choix musicaux tout en développant un discours musical précis. Essayons, trompons-nous et réessayons. Mais qu’est-ce que « se tromper » peut vouloir dire en improvisation musicale ? 

William BRANDY – musicien étudiant

 

 

L’improvisation est bien souvent une pratique obscure pour les musiciens qui, comme moi, sont issus d’un parcours classique. Par classique, je veux parler des musiciens qui ne jouent de la musique que de façon « descendante » depuis les yeux jusqu’à la main. Ceux que l’institution n’a initiés à la musique que par l’intermédiaire de la lecture d’une partition, aussi simple soit-elle.

Depuis que je suis rentré au CFMI, les sons m’interpellent. N’importe où que je sois, les sons m’agressent, me caressent, me questionnent. . .

Mais l’écoute, ce n’est pas seulement cela. Il s’agit aussi d’une nourriture formidable. L’écoute nous construit indirectement, elle construit la perception que nous avons de la musique et du monde. Elle induit l’idée de mouvement et donc de geste. 

Mathieu BLANCHARD – musicien étudiant

 

On joue, on en parle…

 

Improviser, c’est se rendre disponible aux autres et à soi, se laisser libre de faire, sans trop écouter la voix de son propre jugement au moment de l’improvisation. C’est une ouverture vers l’inconnu, l’ailleurs, vers ce qu’on cache de soi mais qui est là latent, palpable par les autres bien souvent. C’est un lâcher prise de soi à soi : s’autoriser, se donner les moyens, se faire confiance. 

Anne METAYER – musicienne étudiante

 

Par exemple, nous avons fait une improvisation avec les CE2 basée sur l’écoute de Fred FRITH et Evelyn GLENNIE. Nous avons parlé de résonance, de silence et d’espace entre les sons. Nous avons aussi travaillé sur l’écoute d’une pièce vocale de BERIO : comment imiter la voix ? Comment retrouver les sons sur les instruments après les avoir décrits (parlé rapide, son tenu, claquements…) ? 

Nelly MOUSSET – musicienne étudiante

 

   On rejoue…

 

 

La liberté totale effraie… et plus encore quand on l’assimile à l’improvisation… et à la pédagogie ! 

Michael YUFRIO – musicien étudiant

 

Pour moi, musicienne intervenante, cela exige alors une véritable présence pour capter l’imprévu, se préparer à accueillir de nouvelles propositions, amener les enfants à opérer des choix afin d’améliorer l’interprétation, l’intention du geste, du jeu instrumental et vocal. C’est une exigence de qualité musicale qui est en jeu. Pour pouvoir s’ouvrir à ce qui se vit « ici et maintenant », et qui est offert par l’enfant en plein état de jeu, il faut s’en remettre au vécu de la sensation, et sans doute renouer avec cette part d’enfant qui est en nous. 

Anabelle GALAT-ZAROW – musicienne étudiante

 

L’arrangement est aussi un acte d’invention et fait partie des habitudes du dumiste confronté à des situations musicales diverses. Arranger pour accompagner une chanson, pour adapter un morceau à un groupe, pour transposer, transcrire une pièce vocale en pièce instrumentale ou le contraire, arranger pour interpeller, surprendre, pour s’approprier, pour mettre en relation avec autre chose…

Par l’arrangement, le dumiste cultive des réflexes musicaux, une attitude, une disponibilité…

 

Découper un piano, chanter des chansons, jouer de la feuille de lierre sur partition, regarder sans respirer un spectacle de STOMP, chanter Christophe WILHEM accompagné par BACH, bricoler la musique avec une classe, composer un guiloncelle…  voilà ce que j’aime, entre autres.  Mais, me dis-je, quel est le rapport ?…  tous ces verbes, où est le mot pour les rassembler ?…  Oui, ça y est, je le tiens : le détournement !

 Le détournement comme acte artistique naît de la capacité d’abstraction, se réalise par la juxtaposition des contextes desquels les objets détournés sont abstraits, et les commente.

 L’artiste intervenant dans le contexte de la création en milieu scolaire est un indicateur de détours, un moteur qui laisse du jeu dans la transmission et du temps à la rêverie, un chercheur de valeurs. 

Simon SANCHIS – musicien détourneur étudiant

 

Le musicien intervenant peut apporter aux enfants les moyens de transcender musicalement leur environnement quotidien. Cette démarche d’exploration et de recherche autour du son est parfaitement transposable à de véritables instruments de musique pour permettre de développer tout un vocabulaire sonore qui pourra être réinvesti notamment par le biais de l’improvisation. L’improvisation est sûrement la démarche musicale la plus forte que peut apporter un dumiste…

Je me souviens de Quentin qui jouait avec une écoute et un geste extraordinaires. Il avait un vrai rapport à l’instrument, au geste et au son, une véritable attitude musicale. Cela sonnait comme un pianiste romantique. Quentin a joué quelque chose d’assez lent, très mélancolique. Je n’ai pas su quoi lui dire, à part que c’était vraiment bien, ce que j’ai dû lui répéter deux à trois fois de suite, et lui de me regarder, le sourire jusqu’aux oreilles. J’ai lancé un regard complice à l’instituteur, il avait l’air de mon avis. Nous avions eu un vrai et beau moment de musique.                                 

Robin LIMOGE – musicien étudiant

 

                                Création d’un spectacle de rue – répétition au CFMI                                        

 

Leur vocabulaire gestuel s’est enrichi, une écoute du groupe musicien, et de soi musicien dans le groupe, s’est installée. Je pense qu’il aurait peut-être fallu que Sandrine et moi jouions un peu plus avec les enfants, elle pour développer une communication autre que verbale avec sa classe, moi pour conduire plus musicalement les improvisations de l’intérieur. 

Simon SANCHIS – musicien étudiant

 

A travers les époques et les cultures, l’improvisation semble être à la musique ce que la gravité est à l’homme : une évidente nécessité qui lui permet d’avancer de manière concrète sur le chemin de l’expression.                                 

Michaël YUFRIO – musicien étudiant

Juin 2009 : trois enfants d’une école de Poitiers jouent une pièce improvisée qu’ils ont travaillée avec Julie GOUDOT, musicienne étudiante au CFMI.
Loin des « petites percussions » affligeantes de nos écoles, ils ont découvert des sons, des gestes, une construction, une écoute, la volonté et le plaisir de se décider à venir jouer sur scène.

Certains trouveront peut-être leur jeu sommaire ou non académique. Pour nous, même les « gribouillages » font partie du chemin qui mène à l’écriture, à la construction et  à l’expression d’une pensée. Bonne écoute !


16 – Impro Enfants CapSud –
CFMI Poitiers
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17 – Pif et Sclav – CFMI Poitiers par
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Dominique PIFARELY et Louis SCLAVIS concert improvisation Cap Sud / CFMI


18 – Claire-Impro2012 -CFMI Poitiers par dm_51ac39bf96a1e

Solo improvisé: Claire BERGERAULT  (musicienne professeur au CFMI)


19 –
ConcertImpro2011 – CFMI Poitiers
par dm_51ac39bf96a1e

Musiciens étudiants de première année – Concert improvisation 2011

Traditionnel du Poitou, arrangement Lou DELEBECQUE