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SAES LIMOGES 2012

52e Congrès de la SAES

Université de Limoges

11-13 mai 2012

La transparence

Site internet

Texte de cadrage :

Plongeant ses racines dans la terre qui avait été choisie pour être la nécropole des Plantagenêt, traversée par la Route Richard Coeur de Lion, quelque peu malmenée par le Prince Noir, Limoges est surtout connue pour ses arts du feu : porcelaine, émaux, lithophanies, qui sont autant de déclinaisons de la transparence.

Étrangement, c’est de l’opacité de la terre, et du kaolin sublimé par le feu, que naît cette transparence. Travailler la matière brute, tel est l’héritage de la région, telle est la perspective dans laquelle nous proposons de placer le congrès 2012 de la SAES.

La matière peut ouvrir des réflexions sur les notions de terre et de territoire, de stratification, mais c’est la matière transformée qui met au jour ce qui relève de la transparence : le diaphane par rapport à l’opaque, le translucide au diffus, la clarté à la densité et à l’ambiguïté, la limpidité au palimpseste et au mystère, le lisible/intelligible au non-dit, la focalisation à la diffraction.

En littérature, la transparence implique des questions de point de vue et de fiabilité dans des récits déceptifs ou stratifiés, de rapport entre forme poétique et signification (du Moyen Age aux Métaphysiques, aux Modernistes et au- delà), de représentation au théâtre (le quatrième mur, le troisième lieu), de masque et d’identité dans la représentation des minorités et les textes postcoloniaux (stratégies d’invisibilité ou scénographies du soi).

Dans le champ de la civilisation, on pourra aborder des domaines aussi variés que l’information et la communication (y compris l’infotainment et la télé- réalité), la question des libertés (« freedom of information », liberté de la presse, liberté d’expression et censure), les différents brouillages entre discours privé et public, espaces privés et publics en politique et dans l’organisation du lieu de travail (bureau ouvert ou cloisonné), ou encore l’opacité de la gestion alternative.

La transparence évoque surtout celle que l’on loue à longueur d’émission politique : l’absence de « vitre » entre les dirigeants politiques dont Tony Blair parle longuement dans son autobiographie (T. Blair, A Journey, 2010, 658). La transparence serait un moyen parfois subtil de communiquer des idées ou de se mettre en scène à des fins parfois électoralistes. Mais la transparence, c’est aussi peut-être la fin des idéologies et des révolutions initiée par la Glasnost de Gorbatchev. La transparence dans les relations internationales de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis serait une période de remise en cause des systèmes idéologiques qui avaient soutenu la croissance de l’Ouest depuis la Guerre Froide. On pourra ainsi étudier les crises ou les conflits nés de ce concept ou de concepts similaires à travers l’histoire. On pourra aussi s’interroger sur l’impact que ce barbarisme journalistique moderne, la « peoplisation » de la vie politique, continue à exercer en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.

Bien que la simple notion de transparence puisse a priori sembler en contradiction avec la démarche prudente et raisonnée des études linguistiques, ce terme se prête volontiers à la métaphore pour évoquer les différentes étapes de l’accès au sens véhiculé par le langage. Les notions complémentaires de surface et d’opérations sous-jacentes, par exemple, ont une pertinence dans la plupart des approches contemporaines car elles signifient que le langage suppose un lien non pas direct mais fort élaboré à la pensée, aux représentations ou à la cognition. C’est aussi pourquoi il faut forger ou affiner de nouveaux concepts de nature empirique ou strictement théorique pour la syntaxe, la lexicologie ou la phonologie, de manière à éclairer et, in fine, à réinterpréter la complexité et la subtilité des phénomènes linguistiques. Dans les études contrastives entre l’anglais et le français par exemple, le degré de transparence du lexique retient fortement l’attention, de même que les composés en lexicologie ou les unités pluri-verbales en phraséologie et parémiologie. Leur degré de compositionalité, leur structure sémantique interne ainsi que la dualité de la paire transparence/opacité ne sont que quelques-unes des directions que propose d’explorer ce thème de la transparence qui devrait donc soulever un ensemble de questions singulières et générales concernant l’analyse du sens des représentations langagières et linguistiques.

Transparency

By virtue of its history, Limoges has a close affinity with the English language. It reaches deep into the soil once chosen as a burial place by the House of Plantagenet, its location intersects the Route of Richard the Lionheart and its population was rather roughly handled by the Black Prince. Today, though, the town is mainly renowned for its porcelain, enamel and lithophanies—so many crafts which involve transparency.

It is something of a paradox that transparency originates in the dark bowels of the earth, before kaolin is transformed by the agency of fire. Moulding matter into form—such is the heritage of the region, and the direction we suggest for the 2012 SAES Conference.

While matter taken as an abstract entity can lead participants to inquire into the notions of land, territory and stratification, it is the process of transformation which reveals what transparency is about—the interplay of diaphaneity and opacity, translucency and haziness, limpid statements and palimpsests, the obvious and the unsaid, focalization and dissemination.

From a literary angle, transparency calls up questions of viewpoint and reliability, deceptive or multi-layered narratives, poetic form as indicative of meaning from the Middle Ages to the Metaphysical Poets, to Modernism and beyond, drama and representational issues (the fourth wall and the third space) or masks and identities in the representation of minorities and postcolonial writing (strategies of invisibility vs. the staging of the self).

As regards history and cultural studies, various issues can be summoned—information and communication as well as infotainment and reality shows, freedom of information, press freedom, freedom of speech and censorship, private and public discourse, the blurring of public and private spaces in politics as well as in the workplace (open offices vs. cubicles), and such recent issues as opaque hedge funds in the world of finance.

In the field of civilization, transparency has become a highly praised concept : transparent is the “pane of glass” that, according to Tony Blair in his memoirs, separates political leaders from their electorate (T. Blair, A Journey, 658), and that allowed a new breed of politicians to see through hard times and political upheavals. Transparency for a political leader can be used to demonstrate his apparent sincerity : it even came to be seen as an electoral asset by those who believe in the central place of personalities in politics. Of course, at a broader level, transparency cannot but evoke Gorbachev’s Glasnost, a period when maybe all ideologies and revolutions died. Transparency in the history of the Cold War appears as a problematic concept since it challenged a world order upon which the West had built its might. One could thus study the crises and conflicts that transparency or similar concepts provoked throughout history, but one could also wonder how and to what extent such journalistic barbarisms as “celebs”, or the “cult of celebrity” in politics, changed British and American public spheres.

Even if the idea of simple transparency may seem contrary to the way many linguists work, the term transparency can be considered as an appropriate metaphor to represent the various levels and degrees of access to meaning through language. The complementary notions of surface and underlying operations, for instance, have their relevance in most contemporary studies because they imply that language provides methodical rather than direct access to thought, representations or cognition. Likewise, whether they be empirical or strictly theoretical, metalinguistic concepts have to be forged and often renewed on syntactic, lexical and phonological levels in order to shed light on and finally reinterpret the intricacies of linguistic phenomena. For instance, in contrastive studies between English and French, the degree of transparency of the lexicon is a significant issue as it is for lexical and phonological agglomerates such as compounds in lexicology and multi-word units in phraseology and paremiology. Their degree of compositionality, their internal semantic structure and the contrast and cline of the pair transparency/opacity are but a few notions and principles underpinning this concept. Transparency will certainly raise a variety of specific as well as general questions on the ways and means of analysing meaning and its linguistic representations.










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Mise à Jour : mercredi 15 mai 2013
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